Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

10.02.2009

Lettre d'un cinéphile à Nicolas Sarkozy



Monsieur le Président,

Jeudi 5 février, vous avez évoqué le magnifique film de Frank Capra, "La vie est belle"(1946), après avoir dit ceci :

"Il y a quelque chose que je veux dire aux Français tout de suite. Parce que la crise est suffisamment difficile pour qu'on ne leur mente pas. La première exigence, c'est une exigence de vérité. (...) Je ne sais pas si certains d'entre vous qui aiment le cinéma connaissent ce film culte de Capra, "La vie est belle", où c'est une petite banque régionale qui tout d'un coup perd la confiance de ses clients et les gens viennent au guichet, affolés, pour récupérer leur épargne".

Vous n'avez pas vu ce film, monsieur le Président, ou si vous l'avez vu, c'est pire, vous mentez par omission.

Dans ce film, monsieur le Président, James Stewart incarne Georges Bailey, qui, malgré ses rêves d'aventures, consacre sa vie à aider les plus déshérités de la ville, et ce malgré la malveillance du banquier M. Potter. George reprend la société de crédit — ou plutôt de micro-crédit — créée par son père, et qui permet la construction de logements décents. Mais l'oncle de Georges égare l'enveloppe qui contient les 8000 $ de dépôts (une somme à l'époque !).
Et qui la retrouve, cette enveloppe ?
Potter, pardi ! Et celui-ci se garde bien de la restituer, espérant ainsi ruiner Georges et sa société de crédit pour les pauvres. Potter va même convoquer la presse, qu'il contrôle, pour enfoncer d'avantage Georges.
Alors, oui, monsieur le Président, à ce moment-là du film, les gens veulent récupérer leur argent. Mais ce que vous oubliez de mentionner, c'est le rôle de Potter. C'est lui qui tire les ficelles. Lui, symbole du capitalisme arrogant et cupide.

Georges découragé, en faillite, poussé à bout par Potter, n'a plus qu'un seul désir : n'avoir jamais existé. Son souhait se concrétise alors :
la ville qu'il découvre n'est plus qu'un lieu de débauche et de perdition, et Bedford Falls est devenue Potterville. Car dans un monde sans Georges, Potter a tout gagné.

Je ne vous raconterai pas la fin du film, monsieur le Président, je vous laisse le soin de la (re?)voir.

Comme vous aurez menti par omission sur ce sujet, on ne peut que craindre que vous mentiez sur les autres sujets abordés jeudi soir.

Vous m'avez fait penser, monsieur le Président, à ces films de propagande allemande pendant la Seconde Guerre mondiale : on y montrait des gens heureux dans des camps de concentration.
Et les Nazis disaient : "c'est la vérité."

Frank Capra a dû se retourner dans sa tombe, jeudi 5 février 2009.
Lui qui dirigea un grand nombre de films prônant des valeurs humanitaires, sociales et morales, dans lesquelles un personnage sans véritable envergure au départ, mais au cœur pur, parvient à s'opposer aux hommes d'affaires, aux banquiers ou aux hommes politiques cyniques.

"Personnage sans envergure" et "homme politique cynique", cela me rappelle quelqu'un. Pas vous, monsieur le Président ?


P.S. : Le film est disponible en DVD, chez BachFilms à 7 euros. Oui, sept euros.
Vous devriez pouvoir vous l'offrir, monsieur le Président.