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31.07.2007

Quand le noir se fait dans les cinémas

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Michel Serrault, mort dimanche soir à l'âge de 79 ans, était un monstre sacré du cinéma français, célébré pour ses rôles comiques puis plus sombres, et de nombreuses personnalités ont rendu hommage lundi à l'acteur.

Michel Serrault est mort des suites d'une longue maladie, dans sa maison de Honfleur (Calvados), où ses obsèques seront célébrées jeudi. L'annonce de son décés est survenue quelques heures avant la disparition d'un géant du cinéma, le réalisateur suédois Ingmar Bergman.

En plus d'un demi-siècle d'une impressionnante carrière, jalonnée de trois Césars, cet homme au physique ordinaire a joué dans quelque 135 longs métrages et de nombreux téléfilms, sous la direction de réalisateurs comme Clouzot, Chabrol, Mocky, Lautner, Audiard, Blier, Zidi ou Kassovitz.

Né le 24 janvier 1928 à Brunoy (Essonne), dans une famille modeste et chrétienne, il était entré à 14 ans au petit séminaire. Il avait finalement choisi l'univers du spectacle tout en conservant une foi profonde.

Doté d'un caractère fougueux, cabotin, provocateur, franc et chaleureux Michel Serrault répétait que le principal souci dans son métier était de ne pas ennuyer le spectateur.

Grâce à cette ambition, il a accumulé une impressionnante galerie de portraits, se glissant avec la même aisance dans la peau de personnages ambigus et dramatiques, du Dr Petiot à Zaza, l'homosexuel excentrique de "La cage aux folles", d'Harpagon à Nestor Burma.

Le public n'a longtemps attendu de lui qu'une seule chose: qu'il fasse rire. Mais comme tous les clowns qu'il prenait d'ailleurs pour modèles, Michel Serrault était dans le fond assez triste. Il se définissait comme "l'âme de Chaplin sur un corps d'apothicaire".

Il a démarré sa carrière en 1949, au sein de la troupe des "Branquignols" de Robert Dhéry et était apparu pour la première fois au cinéma en 1954 dans "Ah! les belles bacchantes!" de Jean Loubignac. Avec son complice et ami Jean Poiret (mort en 1992), il monte un numéro de cabaret qui fait les beaux soirs de l'Alhambra, de Bobino ou de l'Olympia.

Puis, pendant vingt ans, Michel Serrault accumule les rôles plus qu'il ne les choisit véritablement. Les navets, il les appellait "mes exercices de style". "Mes auditions, poursuivait-il, je les ai passées à l'écran".

Il retrouve Poiret pour "La cage aux folles" (pièce écrite par ce dernier qui fera plus tard l'objet du film) qu'ils jouent plus de 1.500 fois. Au milieu des années 70, ses personnages s'étoffent et on le voit dans des rôles dramatiques comme dans "Garde à vue" (Miller), "L'ibis rouge" (Mocky), "Les Fantômes du chapelier" (Chabrol). Jouer "les tordus" l'amusait, disait-il.

Au théâtre, on le remarque dans "L'Avare" (1986, dirigé par Roger Planchon) et dans "Knock" (1992, mise en scène de Pierre Mondy). A la télé, il campe en 2003 pour TF1 Gaston Dominici et reprend son rôle de l'Avare pour France 3 à Noël dernier.

Sa disparition a suscité une vague d'hommages, tant dans le milieu du spectacle que politique.

Le président Nicolas Sarkozy a salué "un monument du monde du théâtre de boulevard, du cinéma et de la télévision".

Il avait "le don d'apporter une évidente authenticité aux caractères qu'il savait dépeindre, quel qu'en soit le registre", selon la ministre de la Culture Christine Albanel.

Pour le réalisateur Bertrand Blier, "Michel était un effet spécial à lui seul, comme Michel Simon ou Louis de Funès. Il était un fou furieux de génie, tour à tour dans la poésie, l'iréel mais aussi dans la gravité la plus absolue".


"Garde à Vue", Claude Miller - Romy Schneider, Lino Ventura, Michel Serrault (1981)




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Le cinéaste italien Michelangelo Antonioni, âgé de 94 ans, est décédé lundi soir à son domicile romain, a annoncé ce mardi l'agence italienne Ansa, citant son entourage familial. Le réalisateur s'est éteint lundi à 20 heures, "paisiblement, dans son fauteuil, avec à ses côtés son épouse Enrica Fico". La dépêche de l'Ansa indique qu'une chapelle ardente sera ouverte mercredi à la mairie de Rome. Ses obsèques devraient être célébrées jeudi à Ferrare, lieu de sa naissance.

Avec une vingtaine de films, il a connu la consécration internationale : Lion d'or à La Biennale de Venise 1964 pour le Désert rouge, Palme d'or au Festival de Cannes 1967 pour Blow Up, Prix spécial du jury à Cannes en 1982 pour Identification d'une femme. Il a également reçu pour l'ensemble de sa carrière un Oscar à Hollywood en 1995 et un Lion d'or à Venise en 1997.

Né à Ferrare, dans le nord de l'Italie, le 29 septembre 1912, Antonioni était issu d'une famille bourgeoise et avait fait de brillantes études d'économie à l'université de Bologne. Il avait d'abord été critique de cinéma dans une revue locale avant de venir à Rome suivre les cours du Centre expérimental du cinéma et de collaborer à la revue Cinéma considérés comme des centres de résistance au fascisme.

En 1942, à Paris, il est l'assistant de Marcel Carné dans Les Visiteurs du soir. Il devient ensuite le coscénariste d'Un pilote revient de Roberto Rossellini. L'année suivante, en 1943, il tourne son premier documentaire Les gens du Pô et, en 1950, réalise son premier long-métrage : Chronique d'un amour.

Son style s'affirme dans sa trilogie : L'Avventura en 1960, La Nuit en 1961 et L'Eclipse en 1962, interprétée par Monica Vitti, son actrice fétiche, sa compagne et sa muse pendant dix ans.

L'Avventura est considéré comme la naissance d'un cinéma introspectif. Antonioni a choisi de raconter la difficulté des rapports humains et la fragilité des sentiments. Il atteint la consécration avec Blow Up, qui raconte l'histoire d'un photographe de mode qui découvre sur ses clichés qu'il a été témoin d'un assassinat à Londres.

Le public se détournera pourtant peu à peu des films d'Antonioni, considérés comme difficiles d'accès, même s'ils sont parfaitement aboutis sur le plan esthétique.

A demi paralysé par une attaque cérébrale en 1985, Antonioni avait reçu l'hommage de tout le cinéma italien lors d'une soirée à Rome pour ses 90 ans, en septembre 2002. Ces dernières années, très diminué par la maladie, il s'était réfugié dans le monde de la couleur, réalisant des collages et des mobiles qui avaient été exposés à Rome en octobre 2006.







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Le cinéaste suédois Ingmar Bergman est mort à l'âge de 89 ans dans sa maison sur l'île suédoise de Faarö (Gotland), a annoncé lundi sa soeur Eva Bergman à l'agence de presse suédoise TT. Sa mort est survenue "calmement et doucement" selon Eva Bergman citée par TT, qui ne précise pas les causes exactes du décès, ni la date de sa mort. Les obsèques se tiendront en présence de ses amis et de sa famille à une date non encore précisée, selon TT.

Les rumeurs sur la santé déclinante du cinéaste étaient persistantes depuis plusieurs mois. En octobre, il avait subi une opération de la hanche dont il ne s'était jamais remis. Il vivait seul et retiré du monde, le plus souvent dans son île de Faarö (l'île aux moutons, au nord de l'île de Gotland), inconsolable de la mort de sa dernière femme Ingrid von Rosen, en 1995.

"Faarö était mon amour secret", écrit-il dans son autobiographie Laterna Magica, en parlant du coup de foudre qu'il eut dans les années 60 pour cette île plate où ciel et mer se mêlent. Il y fit construire la maison où il est mort, un studio où il tourna notammment "Comme dans un miroir" et "Le silence". Ingmar Bergman a réalisé au fil de sa longue carrière plus de quarante films. Couples déchirés, face-à-face avec la mort, absence de Dieu, mais aussi magie de la vie: le cinéaste suédois Ingmar Bergman a créé une oeuvre d'une grande richesse émotionnelle où il a mis en lumière le tragique de la condition humaine. Reconnu sur la scène internationale dès les années 50 ("Sourires d'une nuit d'été" 1955; "Le septième sceau" 1956; "Les fraises sauvages" 1957), il n'a été acclamé par ses compatriotes qu'à la fin de sa vie.

Né le 14 juillet 1918 à Uppsala, au nord de Stockholm, Ernst Ingmar Bergman, fils de pasteur, deuxième d'une famille de trois enfants, a reçu une éducation stricte et austère dont il n'aura de cesse de se libérer. Son enfance, qu'il a décrite comme "douloureuse et compliquée", l'a profondément marqué et a laissé des traces dans toute son oeuvre qui tourne presque toujours sur les moments de crise, résolue ou non. Sa carrière démarre par le théâtre, qui restera toute sa vie une grande passion, au début des années 1940 avec un stage de mise en scène à l'Opéra de Stockholm.

En attendant d'être engagé en 1960 comme metteur en scène du prestigieux Dramaten, le théâtre royal d'art dramatique, il écrit des pièces, des romans et des scénarios. En 1945, il décide que le seul moyen moderne de s'exprimer est le cinéma: "Faire des films est pour moi un instinct, un besoin comme celui de manger, de boire ou d'aimer", déclare-t-il. Il réalise "Crise" à partir d'une pièce populaire danoise mais le film est un échec. Le cinéma devient pour lui une religion. Il fréquente Maurice Stiller, Pygmalion de Greta Garbo, et Victor Sjöström, réalisateur à l'époque du cinéma muet qu'il prend comme interprète dans "Vers la félicité" (1949) et, plus tard, dans l'un de ses premiers chefs-d'oeuvre, "Les fraises sauvages" (1957).

En 1955, Bergman connaît son premier succès international avec "Sourires d'une nuit d'été", une comédie grinçante qui, présentée l'année suivante au festival de Cannes, sert de modèle à la "nouvelle vague" française. Il commence à explorer les thèmes qui fonderont l'essentiel de son oeuvre: l'angoisse de l'homme face à la mort, l'amour, la solitude et l'"infinie tristesse du monde sans Dieu". Force des gros plans, importance attachée aux visages, soin accordé à la lumière par son chef-opérateur de toujours, Sven Nyqvist (décédé en 2006), utilisation des retours en arrière et fondus-enchaînés deviennent la respiration des films bergmaniens.

Son cinéma est le plus souvent tragique. "Le septième sceau" (1957), prix spécial du jury à Cannes, et surtout "Cris et chuchotements" (1971), pièce de chambre en clair-obscur, en sont les meilleures illustrations. Mais face à la gravité des thèmes abordés, le grand public en Suède a souvent ressenti une distance avec les films de Bergman, l'accusant même d'être en partie responsable de la réputation de la Suède comme étant un pays de névrosés.

Bergman nourrit aussi une hantise du bonheur dans l'interrogation passionnée des femmes comme en témoigne la ferveur qui jaillit de "Jeux d'été" (1950), de "Un été avec Monika" (1952), de "L'attente des femmes" (1952) et d'"Une leçon d'amour" (1954). Cinéaste des femmes, il donnera leurs plus beaux rôles à des actrices comme Ingrid Thulin, Maj Britt Nilsson, Harriett Andersson, Eva Dahlbeck, Ulla Jacobsson et Liv Ullmann. En 1982, après plusieurs années en Allemagne où il s'était installé après des démêlés avec le fisc suédois, Bergman tourne "Fanny et Alexandre", une oeuvre-testament sur son enfance et sa passion du spectacle, couronnée par quatre Oscars.

Il déclare après ce film en avoir terminé avec le cinéma. Mais après une pause de vingt ans, il reprend place derrière la caméra et réalise en 2003 "Saraband" pour la télévision suédoise, vision très noire de la vieillesse diffusée par la suite dans les salles. Encore plus que le cinéma, Bergman aimait le théâtre. "Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux pas exister sans faire de théâtre", a-t-il déclaré. En 2002, Bergman met en scène "Les Revenants" du norvégien Henrik Ibsen et en 2004, à l'âge de 86 ans, il fait ses adieux aux planches.

Depuis la disparition de sa dernière femme Ingrid von Rosen, en 1995, Ingmar Bergman résidait seul une grande partie de l'année sur l'île de Faarö (Gotland), en mer Baltique, qui servit de décor à plusieurs de ses films. Après avoir qualifié sa vie d'"enfer supportable", il avait laissé entendre dans un entretien à la télévision suédoise en 2000 qu'il ne craignait pas de mourir. "Le fait même de vivre est lourd. Je ne rencontrerai plus jamais Ingrid".

Longtemps boudé en Suède, ce n'est que récemment qu'il a été reconnu comme un grand maître du cinéma chez lui. Un prix Bergman est désormais accordé aux jeunes talents du cinéma lors des équivalents des Oscars suédois. Aujourd'hui Bergman est mort adulé dans son pays. "Aucun autre artiste suédois, dans quelque discipline que ce soit, n'a atteint la même reconnaissance et le même succès", a déclaré lundi l'ancienne directrice de la cinémathèque suédoise, Aase Kleveland. Pour l'agence TT, le cinéma et le théâtre suédois ont perdu leur "étoile la plus brillante de tous les temps". Ingmar Bergman a été marié cinq fois et a eu neuf enfants.

23:25 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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